La cavalcade des 7 péchés capitaux (titre provisoire), tentures en feutre de laine, 2025-2027

Ce projet né d'une collaboration avec l'artiste Emilie Lapeyre.

"Superbia", première tenture réalisée en 2025-2026
"Superbia", première tenture réalisée en 2025-2026
"Pigritia", "La paresse", réalisée en avril 2026 à la Soulane.
"Pigritia", "La paresse", réalisée en avril 2026 à la Soulane.

Ce projet de tentures en feutre de laine est né d’un travail d’immersion mené dans les vallées d’Aure et du Louron, au cœur des Hautes-Pyrénées. En parcourant églises et chapelles, en observant leurs fresques et en recueillant récits et témoignages, nous cherchons à nous relier aux imaginaires, aux symboles et aux modes de vie qui ont façonné ces territoires au fil des siècles.

 

Notre attention a été particulièrement marquée par la place singulière qu’occupaient les femmes dans ces sociétés montagnardes. Comme l’a étudié l’historienne et ethnologue Isaure Gratacos dans Femmes dans les Pyrénées, elles pouvaient bénéficier d’un droit d’aînesse et occuper une position sociale équivalente à celle des hommes. Cette réalité semble avoir coexisté avec des tentatives des autorités religieuses de réaffirmer un ordre moral et symbolique dans ces vallées longtemps restées à l’écart de leur emprise.

 

La série se compose de sept tentures, en écho à la fresque en grisaille de l’église de Bourisp représentant les sept péchés capitaux, où des figures féminines sont associées à des animaux et soumises à des forces démoniaques. Ces représentations témoignent d’une volonté d’inscrire dans les images une forme de contrôle des corps et des esprits.

 

En choisissant la laine comme matière, nous nous inscrivons dans l’histoire même de ces territoires, tout en mobilisant sa dimension profondément réparatrice. La laine protège, enveloppe, réchauffe. Elle est une matière de soin. Par le feutrage, les fibres s’entrelacent et se lient, formant une surface à la fois dense et vivante. Les tentures deviennent ainsi des espaces de transformation, où les figures réapparaissent autrement, non plus comme des corps contraints, mais comme des présences restaurées, réinscrites dans une relation sensible au vivant, au territoire et à la mémoire.

La cavalcade des sept péchés capitaux dans l'Église Notre-Dame de Sescas de Bourisp (Hautes-Pyrénées) :

 


Extrait du texte "LES PEINTURES DE L’ÉGLISE NOTRE-DAME DE SESCAS DE BOURISP (HAUTES-PYRÉNÉES)" par Marc SALVAN-GUILLOTIN :

 

Le rez-de-chaussée du porche accueille la Cavalcade des péchés capitaux, qui se déploie sur la paroi occidentale comme sur le mur nord. Le programme pictural est cette fois conservé dans sa quasi totalité.

Nous nous contenterons d’évoquer ici les principales caractéristiques de ce défilé, que nous avons déjà eu l’occasion de décrire et d’expliquer avec plus de précision. Ce qu’il reste d’un olifant en avant du cortège indique qu’un diable menait les péchés vers une gueule de Léviathan. La particularité essentielle réside dans le fait qu’ils sont tous personnifiés par des femmes, fait relativement rare. Notons également que chacun d’eux est accompagné par un grand démon qui prend place sur la monture que le péché chevauche. L’orgueil ( SUPERBIA) ouvre la marche, immédiatement suivi par AVARITIA , qui devance la gourmandise ( GULA ) et LUXURIA. La colère ( IRA ) précède INVIDIA, tandis que la paresse (PIGRITIA) clôt ce maléfique cortège.