H-O-H, solo show, Espace du Bois Fleuri, Lormont (33)

Titans n°5, dim. 130 cm x 170 cm, 2021
Titans n°5, dim. 130 cm x 170 cm, 2021

Exposition monographique des derniers travaux de l'artiste Laurent Valera à l'Espace Culturel du Bois Fleuri à Lormont.

Cette exposition sera accompagnée d'une écriture de texte de la critique d'art Pauline Lisowski.

L'exposition se composera d'un ensemble de travaux d'encres sur papier et sur bois, de sculptures de la série Lâcher la bride (avec le soutien de l'entreprise Grk Guareski) et d'un film d'animation, H-O-H, en collaboration avec la poétesse Frédérique Soumagne.

 

Exposition du 11 septembre au 30 octobre 2021.

Vernissage le samedi 11 septembre 2021 - ouverture de la Saison Culturelle.

Un catalogue de l'exposition sera disponible, conception et réalisation de Marie Bretaud.

 

Monotype, 2021
Monotype, 2021
Série de sculptures "Lâcher la bride", 2021
Série de sculptures "Lâcher la bride", 2021
Encres sur papier, 2021
Encres sur papier, 2021

H-O-H est une proposition de l’artiste plasticien Laurent Valera pour la salle d’exposition du Bois Fleuri à Lormont. Il y déploie de nouveaux travaux d’encre, des sculptures et une vidéo.
Son travail développe une approche sensible de l’eau qu’il perçoit comme l’élément structurant et liant du vivant. Cette intuition l’amène à guider l’eau face à des contraintes qu’il définit en amont pour mieux la laisser libre de ses mouvements dans un second temps. L’eau investit alors les matières de ses aspirations propres. Par ces jeux d’infiltrations, d’étalements et de diffusions, un langage graphique de l’eau se révèle. L’artiste nous invite à le découvrir pour ressentir à nouveau ce lien intime qui lie le vivant à cet élément essentiel.
Domestiquée et maltraitée l’eau a, selon l’artiste, perdu de sa vigueur et de sa capacité de vie. Certainement par ce travail Laurent Valera nous amène-t-il à nous questionner sur notre rapport à l’eau et au vivant, nous invitant à retrouver des chemins sensibles vers des dimensions spirituelle et sacrée de cet élément.

Extrait de la vidéo H-O-H, 2021
Extrait de la vidéo H-O-H, 2021

H-O-H, exposition personnelle de l'artiste Laurent Valera. Texte de Pauline Lisowski :

 

La vie de l’eau, sauvage et parfois contenue, maîtrisée est au cœur de la démarche artistique de Laurent Valera. L’artiste attentif à cet élément mouvant ressent le besoin d’un contact vivifiant pour en sentir l’énergie. Au grès de ses explorations, il prend soin de recueillir des matériaux et des éléments, traces des activités humaines et révèle de quelles façons l’eau transformée sert au quotidien. Explorant cette forme de vie, il développe un travail artistique en préservant des hasards contrôlés et se laisse surprendre par ce qui apparaît sur la feuille.


À l’occasion de cette exposition personnelle, il présente un ensemble d’œuvres sur papier ainsi que des sculptures-installations qui racontent l’eau tout en mettant en évidence ses formes et ses mouvements. Un motif apparaît de façon récurrente et témoigne de cet élément qui façonne les paysages.


Si l’eau peut nous échapper par sa puissance et ses résurgences, ses œuvres expriment les tensions entre concentration et expansion. L’artiste révèle ce qui n’est visible et dévoile l’arrière de ses œuvres tout en cherchant à montrer les effets, impacts de l’eau sur les matières. Au cœur de sa pratique artistique pluridisciplinaire se découvre sa quête d’équilibre entre les différents états de l’eau parfois calme ou dévastatrice. Ses œuvres témoignent de l’organisation du vivant par cet élément qui nous échappe alors que nous tentons de la domestiquer pour notre consommation.


L’artiste, à l’image de l’eau contenue dans des structures, canalisations et tuyaux, contraint ses encres par un voile très fin. Cette matière est alors concentrée dans des plis et crée des lignes comme celles de gravures. Ses œuvres suggèrent des formations de fossiles. Elles présentent l’effet de symétrie, en écho à celle de la molécule d’eau. Elles condensent également des strates de mémoire et s’apparentent à des palimpsestes. Laurent Valera laisse ainsi la place aux éléments naturels qui habituellement sont enfermés. Il exprime leur part d’énergie, leur puissance vitale.


Sur ses œuvres de petits formats, l’encre et l’eau glissent et passent à travers le papier, donnant naissance à des formes qui rappellent les tests de Rorschach. L’essence d’un paysage abstrait apparaît au verso. Le papier, comparable à une membrane organique, à une peau est alors lieu de passage d’un souffle. Les flux d’encres colorées qui le traversent renvoient aux veines et aux liquides présents dans notre corps humain. Ses œuvres ouvrent d’autres canaux de perception. Au-delà des remous de l’eau, des éclosions de pétales apparaissent.


Pour une autre série d’œuvres sur papier, l’artiste garde la trace du processus de fusion des encres sur le support. L’eau reste présente en dépôts et dessine un réseau. Elle est à la fois concentrée et tente de s’échapper des bords. Les deux facettes de cet élément naturel sont mises en évidence ; ses remous s’échappent tout en étant absorbés par la feuille de papier.


Les œuvres de Laurent Valera font également surgir des souvenirs d’émotions face au spectacle de l’eau, aux jaillissements et à la magie qu’elle provoque. L’eau traverse toute forme de vie, nécessaire à notre survie. Ses travaux sur papier attestent d’un aller-retour entre l’immensité de paysages aquatiques et des vues en gros plan de détails et fragments d’éléments naturels. Sur des grands formats, ses mouvements corporels font apparaître des formes colorées qui se déploient par endroit comme si elles allaient sortir de la surface du papier. Des entités qui alimentent la vie surgissent. Au-delà de l’eau, ce sont des phénomènes naturels grandissant qui apparaissent, mémoire de bouleversements et possibles naissances de paysages qui nous dépassent.


Des processus vitaux sont en germe dans l’exposition. Par endroit, des robinets assemblés entre eux font penser à des réseaux ou à des formes naturelles, végétales et animales. L’architecture du centre d’art semble être envahie par ces éléments dorés d’où pourraient couler de l’eau et ainsi poursuivre le processus à l’œuvre sur les grands papiers.


Au fond de la salle, sa vidéo captive notre regard et provoque l’impression d’être face à un phénomène qu’on ne peut maîtriser. Des écoulements d’eaux colorées mêlées à des encres procurent des effets hypnotiques entre fascination et sensation de trouble. Les flux recouvrent tout en se mélangeant, formant alors des phénomènes d’aspiration, de fusion qui semblent submerger un espace.  Les mécanismes de l’eau agissent et peuvent à la fois nous attirer, nous intriguer et nous effrayer.


Si elle donne la vie, l’eau peut aussi par son immensité être le lieu de la disparition. Elle est aujourd’hui un enjeu important qui nécessite qu’on préserve ses qualités naturelles et les territoires où elle vient à manquer. L’eau passe de corps en corps, de territoires en territoires, d’êtres vivants en êtres vivants et se nourrit de nutriments tout comme elle est une ressource pour chaque individu. Cet élément vital circule dans l’ensemble de l’œuvre de Laurent Valera.


Ainsi, telle une ode à la place de l’eau dans notre vie, son exposition condense plusieurs relations au temps, le lent écoulement des encres sur le papier qui laisse des traces, la rapidité de certains phénomènes naturels que l’artiste a observés ainsi que l’expérience physique de la marche, à l’affût des transformations dans le paysage. Les œuvres invitent à prendre différentes postures afin d’être à la fois proche et à distance de cet élément naturel fluctuant, à la fois calme et puissant.